Bonjour je m'appelle Lok & je suis véritablement une loque à la tristesse pathologique. Mes géniteurs ont eu bien raison de me nommer ainsi. Je suis l'incarnation de la chiffe, l'allégorie de la sombre apathie, l'égarement même. Je suis faiblesse & désarroi. Tout m'agace & rien ne m'intéresse. Le soleil, la pluie, la télé, la lecture, la nourriture, le travail, les gens - surtout les gens - m'exaspèrent. Comme je hais cordialement ma race ! Depuis toujours, je me contente d'errer pleine d'angoisses & de découragement. Mais cette fois-ci c'est la bonne ; la plus douloureuse mais sans aucun doute la plus intéressante occasion que j'ai eu de toucher le fond & de continuer à creuser quand même. Jamais je ne m'étais retrouvée au sein d'un tel tourbillon de verbiages, de sinistres perceptions, de monologues stériles & de mornes idées. Je suis excédée par toutes ces petites choses de votre précieux quotidien que vous ne remarquez même pas. Je voudrais me noyer dans un verre d'eau car je suis lasse & je me sens dépérir petit à petit. En fait j'ai atteint le niveau supérieur : je pourris. Ma psyché est devenu déficiente. J'ai l'impression que tout & rien oscille dans mon âme. Même ma raison vacille. L'insoutenable est atteint & devinez quoi ? Rien. Aucune manifestation, aucun projet, aucune action de ma part. Je n'ai pas réagi. & c'est ainsi que je suis tombée dans le sombre gouffre que vous tous tentez d'éviter en vacant à vos dynamiques occupations. Désormais, je ne suis plus au bord de l'abîme, il m'a engloutie. Sa morbidité m'a anéantie. Sa noirceur m'a dévorée. Son infinité me tourmente. Quand vais-je enfin m'écraser? Car à la différence du tunnel dans lequel vous progressez aveuglément je ne peux pas m'arrêter d'avancer. La prématurité caractérisera ma chute. On ne défie pas les lois de la gravité, tout comme on ne défie pas la Providence. Alors j'ai pensé : tant qu'à faire, autant prendre son mal en patience, non? Je m'efforce donc d'essayer . Je m'affaire à gauche & à droite sans goût, ni plaisir, sans besoin, ni intérêt. Je sors sans espérances, sans aucun but, & je rentre au logis comme j'en sors. Ça ne se voit pas mais je suis déjà morte. Je fume, je bois, je me drogue histoire de concrétiser la chose. J'essaye de me maquiller, de me cacher derrière un parfum qui connote la fraîcheur, la liberté, la jeunesse, l'amour, l'envie de vivre. J'ai presque envie de rire tant j'ai l'air lamentable. Rire pour ne pas pleurer. Je fais semblant d'aller bien pour ne pas aller plus mal. Quant à me fixer dans le miroir, cela est au dessus de mes forces.. Je vomirai l'ombre d'un doute. Au final, je me suis transformée en névrosée à force de dissimuler & d'emmagasiner. & il n'y a pas un soir où je ne pense pas à ce désastre, à ce scandale qu'est la vie. L'accablement m'étrangle & je n'en dors plus ; me revoilà lasse, lasse de jouer à cette lugubre comédie. La déprime guette. Les angoisses de mon c½ur me consument. L'ennui, la luxure, la paresse, la tristesse me déchirent jusqu'aux entrailles. Le temps de ma flétrissure est proche. Bien plus proche que dans mes rêves les plus fous. Quelle est donc cette émotion effrayante & violente qui bouleverse mon être ? Bonsoir je m'appellais Lok.